Carnet de route du rock'n'roll
RetourJeu 21 juin 2007 @ L'ALTERCAFE NANTES
L'ALTERCAFE NANTES : Smoke on the Water...
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[Jeu 21 juin 2007]
Je devais avoir 5/6 ans. Peut-être moins. En tout cas, j'avais encore l'âge de donner la main à mon père. J'étais vachement fier qu'il m'emmène à son boulot. Tu parles ! Bâtisseur de navires, ça a une autre gueule que comptable ou contrôleur fiscal. Je garderai toujours un souvenir vivace de cette grosse coque soutenue par d'énormes madriers. Les types qui tapent dessus comme des malades avec de lourdes masses. Libérant un à un le monstre d'acier qui dans un grincement métallique va finir sa course dans les eaux de la Loire.
Je ne le savais pas encore, mais tout ceci disparaîtrait quelques années après. Les chantiers navals se tirant ailleurs, les ouvriers aussi et pour les moins chanceux, accessoirement leur gagne-pain avec. Presque 20 ans de jachère. Comme une verrue plantée au cœur de la ville. Vestige décati de la fierté nantaise.
Par une sorte de hasard ironique dont seule la vie a le secret, je suis revenu sur les lieux où jadis mon père avait joué de l'arc à soudure pour y jouer de mon arc à moi. Celui avec 6 cordes, branché sur une usine à watts. Depuis quelques temps, cette vaste friche industrielle fait l'objet d'un programme de réhabilitation ultra hype. La cale de lancement de mon enfance deviendra cet été une plage. Et le fameux Hangar à Bananes (qui servait de vestiaires aux trimards des chantiers Dubigeon) est devenu un gros complexe dédié à la chouille, avec tout un ensemble de restos, bars et clubs.
Voilà comment, pour célébrer le solstice d'été nous nous sommes retrouvés à l'ALTERCAFE. Il faut saluer le travail des architectes qui se sont vraiment déchirés sur la déco intérieure des différents lieux (à de très rares exceptions près). Par contre, d'un niveau purement pratico-pratique, une porte de service ou un quai de chargement direct aurait sûrement été de bon aloi. Je me tape la circulation aux heures de pointe et arrive devant la barrière de l'esplanade sous la grue grise. Un vigile checke mon immatriculation et me demande le pourquoi de ma visite. Ce type a un bureau plutôt original, il s'agit d'un coupé Mercedes usagé mais encore fringant. Je lui demande comment ça va se passer cette nuit pour le rapatriement de notre matos. Il m'explique qu'il ferme le site à 20h et qu'il ouvre le lendemain à partir de 7h. Oups, va y'avoir du sport ! Je m'approche au plus près et il reste encore presque une centaine de mètre jusqu'à notre point de chute. Va falloir se trimballer tout le bazar à dos de mulet. D'autant que pour cette Fête de la Musique, une invitée surprise a fait son apparition. Il s'agit de la pluie ! Et pas un petit crachin breton. C'est la grosse rouchade. Une pluie bien lourde balayée par les vents, genre tempête tropicale.
Je débarque dans le café et salue Didier, son sympathique propriétaire, qui me confirme qu'il n'y a aucun accès direct dans son rade. Les gars de IMAZIGHEN sont là aussi. Ce sont des jeunes gars d'ici que j'ai découvert via MySpace et qui nous ont fait le plaisir de venir partager l'affiche à nous ce soir. Comme mes camarades de jeu ne sont pas encore arrivés, ils me filent un coup de main salutaire pour décharger. On a décidé de faire backline commun pour la batterie et d'utiliser toutes nos ressources pour balancer du son. Ce soir, c'est double ration de baffle Marshall pour tout le monde ! Pendant que les gars s'installent, je peine à comprendre comment fonctionne la console de la sono sur place. Après moults essais, on arrive enfin à faire fonctionner le truc. Je gère les boutons pour le soundcheck de nos co-listiers. Ma doué ! Les gars envoient méchamment la purée. Ils oeuvrent dans un style Stoner 70's, entre Kyuss, Hendrix et Soundgarden (sans oublier Black Sab et Led Zep). Heavy et psychédélique, le tout accordé en Do ! A voir absolument. Je tiens ici à saluer l'immense qualité de la voix de Didine, leur chanteur/guitariste qui est dans un registre Chris Cornell / Glenn Hugues. Moi je suis fan. Faut également souligner le grand talent de Jo aux claviers, qui aura beaucoup de mal à imposer son volume sonore lorsque la cavalerie infernale de ses potes est en marche.
Entre temps, les miens amigos sont arrivés. Avant d'entamer notre balance, je dois bouger le camion, sous peine de rester prisonnier jusqu'au petit matin. On fait une balance rapide, on teste un nouveau titre. Tout serait presque parfait si les retours pour la voix étaient moins poussifs. Y'a sûrement un bitonio a enclencher sur la console, mais impossible de mettre la main dessus (peut-être qu'un appareil plus simple eut été un investissement plus judicieux). Toute l'équipe de service de l'ALTERCAFE est aux petits oignons pour nous. On nous propose de nous restaurer avec une succulente salade. Il faut rappeler que l'ALTERCAFE n'est pas qu'un club concert, c'est aussi un resto bio et végétarien, militant pour le commerce équitable.
On attend gentiment que la soirée commence, dehors la pluie bat son plein. On est bien content d'être ce soir en intérieur. On plaint tous ceux qui ont prévu une scène dehors (devant la Taverne de la Gargouille les gars de SIX-8 ont du annuler). On se demande même si la pluie ne va pas venir ruiner nos efforts. Vu le temps, on hésite à flâner pour voir ce qui se trame à côté. Y'a un groupe high school punk au bar du Rond Point, ça aurait pu être sympa mais c'est un peu vert. Bizarrement, au FERAILLEUR à côté, ils ont annoncé une soirée spéciale HELLFEST mais y'a pas un groupe qui joue. C'est un peu con, pour un club concert de cette qualité.
Il est 21h30 quand les gars d'IMAZIGHEN allument le feu d'artifice. C'est fort, lourd et ça envoie le boulet. Vu le système en place (seules les voix, le clavier et un peu de grosse caisse sont repris) le son est ENORME. Limite trop (la voix et le clavier ont du mal à ressortir). Et la clientèle à ce moment-là n'est peut-être pas totalement prête à encaisser un tel tsunami. A la fin de leur set, Didier me fait part de ses inquiétudes au niveau du volume.
Mine de rien, le grand bar s'est sérieusement étoffé et sans être plein comme une huître on peut dire qu'il y a pas mal de monde. Ça tombe bien, ça va être notre tour. Faut aussi que j'vous dise, ici question système lumière, ils ont pas fait dans la demi-mesure : y'a une petite dizaine de gros projos automatisés, ce qui fait qu'on a vite l'impression de se retrouver sur le plateau de Taratata. On fait un très bon set. Tout s'enchaîne pile poile. Pas de merde technique (à part mon cordon jack qu'a décidé de s'éjecter de mon ampli, sous le coup des vibrations et de la puissance). On se fait plaisir.
Avant de jouer « Plus Rien » l'un de nos rares titres en français, je dédicace le morceau pour mon père qui est venu nous voir jouer.
Séquence émotion. Sans être une chanson « engagée » je brosse en quelques phrases le ressentiment de tous les types qui ont perdu leur boulot parce qu'ils n'étaient pas assez rentables ou trop chers. Plus que leur emploi, c'est la fierté de construire quelque chose de leur main qu'ils ont perdu.
PLUS RIEN
A trop courber l'échine
Plier sous les efforts
La misère et la ruine comme autant de trésors
C'est le sang de la mine
Et l'acier de nos ports
C'est la vie qu'on supprime
Jetés comme un poids mort
Oubliés par la lumière
Disparus dans le décor
Retournés à la poussière
Effacer tous les efforts
Car plus rien ne compte
Rien d'autre que les comptes
Et tout laisser partir en fumée
Non plus rien ne compte
Rien d'autre que les comptes
Et tout laisser partir en fumée
Voir le bord de l'abîme
Vouloir rester encore
Et les promesses habiles
Déguisées de remords
La bouche comme une épine qui trahit et qui mord
C'est le cash qui domine
C'est la loi du plus fort...
Pour mon paternel, l'histoire ne s'est pas trop mal goupillée. Comme on dit, il a su rebondir et c'est aujourd'hui un jeune retraité peinard. Les sites industriels d'antan sont devenus des lieux de fiesta. C'est la roue qui tourne. Retournons à nos moutons.
L'ami Steff a branché ce soir avec son système sans fil et depuis le départ, je pressentais quelque mauvais coup. Sur le titre final, notre Predator se casse de scène pour aller s'infiltrer parmi la foule et faire le margoulin sur la mezzanine. Vraiment du grand spectacle. Maintenant c'est clair, nous avons notre Angus Young à nous ! Grosse rigolade. On finit sur les vivas et les applaudissements. Yes ! Fin de la première partie.
Petit changement de backline et IMAZIGHEN remet le couvert tout en douceur. Ces gars-là on le chic pour vous monter des ambiances sur plusieurs minutes. Leur format de chanson évolue plus dans la catégorie Prog Rock que College Radio. Il commence à se faire tard et la clientèle a changé. Aux alentours, le clubging techno bat son plein et l'audience a du mal à rester accrochée aux mélodies souterraines de nos camarades. Peut-être qu'un set plus court eut été de meilleur aloi. Bref, lorsque les garçons achèvent leur second set, le bar s'est vidé et Didier nous demande de faire court. No problemo, on commence nous aussi à en avoir plein nos bottes. On fait donc un petit set composé exclusivement de reprises qui ravivent l'ardeur des derniers rescapés. On finit avec notre medley magique. Hop ! Fin de chantier.
C'est là que la grosse partie de rigolade commence. Puisque à peine le DJ maison a fait sonner les premiers BPM que le bar se transforme en dancefloor bondé raz la gueule ! Il va falloir traverser cette foule de furieux avec notre barda, puis sous la flotte rapatrier le tout, cette fois-ci sur un gros bout de chemin et à dos d'homme, en jetant toujours un œil protecteur sur nos biens. Il est presque 3 heures du mat' et y'a une sacrée faune qui traîne par-là. C'est un peu la grosse fête du slip, sponsorisée par J&B et Weed Inc. Y'a un type zarbi qui me demande si ça me gratte les narines. Holà, en quelques minutes on est tombé dans une autre dimension. Un gus essaie vainement de démarrer sa bécane et en tient une sévère, Yann lui conseille de ne pas prendre la route et se fait envoyer bouler. Quand on revient 20 minutes après, il a finalement mis en route son engin, mais il est tellement cuit qu'il s'est endormi dessus. Surréaliste ! Pendant que je charge le camion, un type recule avec sa bagnole et est à 10 cm de refaire le cul de notre van (si j'avais pas frappé un grand coup avec le plat de mes mains sur sa lunette arrière). Une vraie fête du slip, j'vous dis. Et sous la pluie battante en plus. On retourne à l'ALTERCAFE pour vérifier que rien n'a été oublié. On encaisse la monnaie, on partage avec les Stoner boys et les saluons bien bas, leur souhaitant un joyeux HELLFEST. On décampe. Sur le chemin, une gonzesse nous harponne. Son pote a perdu son sac avec tous ces effets personnels et le mec est persuadé que ces l'un de nous qui a emballé son truc par erreur au moment de plier. Ça fait trois fois qu'ils reviennent à la charge à ce propos. La drôlesse voudrait qu'on vide le camion pour vérifier nos dires. La bonne blague ! On lui ouvre notre bétaillère et elle comprend que c'est pas trois paquets cadeaux à sortir d'un coffre de voiture. On lui jure main sur le cœur que tout est rangé au millimètre poil et que si un sac (rouge de surcroît) s'était glissé ici, ON LE SAURAIT ! Devant nos mines de juges de paix suisses, elle se résigne. Merci ! Maintenant on peut se casser. J'ai hâte de regagner mon home sweet home. Je le sais déjà, demain matin (dans quelques heures) le réveil sera rude.
www.myspace.com/altercafe
www.myspace.com/imazighen
wikipedia.org/wiki/Chantiers_Dubigeon



