Carnet de route du rock'n'roll
RetourMon Marshall, Jim et moi.
Vous vous souvenez de ces années bénies où la R12 était le Saint Graal de tous les Jacky de la terre ? En ce temps là, pour le guitariste débutant que j'étais et aussi comme pour tous les autres, l'arme absolue se nommait MARSHALL (personne ne devait connaître l'existence de Mesa/Boogie avant une bonne dizaine d'années). Pour vous situer, le Marshall c'est un ampli So british aussi lourd et volumineux qu'une armoire normande et qui peut vous expédiez dans l'espace façon Marty McFly dans Retour Vers le Futur. Marshall c'est le son qui a façonné l'Histoire du Rock, d'Hendrix à AC/DC, en passant par les Who, Motorhead et des millions d'autres gus dans mon genre.
A cette époque, je répétais dans le quasi unique local collectif de la
région nantaise (un trou à rats à l'odeur de moisi insupportable). Pas mal
de groupes plus ou moins renommés y répétaient aussi. Il y avait là une énorme
pièce centrale où tout le monde stockait son matos (on était loin de la
paranoïa sécuritaire actuelle, enfin bref). Je l'avoue aujourd'hui, lorsqu'
on veut jouer du gros rock qui tache et qu'on a qu'un ampli Cube Roland 60W,
il était bien tentant d'aller « se servir » dans cette manne céleste ici
entreposée. J'y puisait régulièrement un gros baffle Marshall 4x12 couplé à
mon Cube. quand ce n'était pas carrément le double corps complet (tête d'
ampli et baffle) !
Un grand merci à tous ces prêteurs anonymes à l'insu de
leur plein gré.
En toute logique, dès que j'ai pu gagner 4 sous, je suis allé dans mon
magasin favori pour me payer mon gros baffle Marshall rien qu'à moi. Je me
rappelle encore tout le mal que nous avons eu à caser le mastard dans la
pauvre R9 de ma mère et ce malgré le coup de main non négligeable du
toujours très commerçant Jean Michenaud.
C'était il y a presque 20 ans !
Vous allez me dire qu'un job d'été après, la tête d'ampli a du suivre. eh
bah, non ! Pour faire mon original, j'ai opté pour un ampli Gallien-Krueger (rien que le nom j'adore) qui faisait des merveilles avec le 4x12.
Mon premier ampli Marshall tout lampes, je l'ai eu que bien des années plus
tard. A ce moment là, je faisais chant / guitare rythmique avec un groupe un
punk-soul-garage et je voulais un engin avec le crunch et la chaleur des
tubes, esprit Malcom Young.
Faut vous dire qu'en 94-95, l'objet de vos désirs ne se trouvait pas à juste une portée de clic.
Je me suis donc tapé toutes les pages jaunes de la région et des départements limitrophes, parti à la chasse au trésor armé de mon seul téléphone.
Bingo ! Y'avait un
Marshall complet d'occase dans un magasin à Cholet (49).Moi au départ je
voulais qu'une tête, mais j'allais pas faire mon malin. J'ai débarqué le
samedi matin suivant, pour essayer ce qui allait devenir ma future
acquisition.
Bon, pour de l'occase c'était de l'occase ! Le malpropre
précédent propriétaire avait tout bonnement salopé le baffle pour - je
suppute - faire croire à un genre « vintage » (à moins qu'il ne s'agisse
vraiment d'un authentique clou hors d'âge). Quoi qu'il en soit, l'objet
était en parfait état de marche et c'était le principal (malgré son
esthétisme déglingué. mais la beauté reste intérieure). La tête (JCM 800) faisait plus neuve, mais avait du chopper un sale coup de cutter sur le
dessus (franchement le type qui l'avait avant devait être un foutu
psychopathe ou bien un gros punk).
Je branche le truc et tout de suite je
découvre qu'il ne s'agit pas de la classique tête JCM800, mais de la JCM800 Dual Reverb (2210). Nettement plus rare et nettement plus velue ! Si la 800
de base délivre un filet crunch de bon aloi, la Dual Reverb envoie de bonnes
grosses poignées de cailloux qui te font grimper aux rideaux (le tout sans
même brancher une pédale disto).
De la sauce roquefort en plein face !
Inutile de vous dire mes bons amis, que pour 4500 de nos francs d'antan (686
Euros d'aujourd'hui) je n'ai même pas demandé un coup de main pour charger
illico presto tout le bazar dans ma bagnole.
Les années ont passé, j'ai quelque peu customisé le look de mes amplis (à grand coup de tôle perfo pour les grilles de baffles et de tôle alarme pour ma tête) mais mon stack Marshall est toujours là. Comme la tête est méconnaissable et qu'elle envoie du gros bois, je vous dis pas comment elle intrigue, elle étonne, elle ravie. On vient me questionner au sujet de l' origine de mon matos. Pas mal de types pense qu'il s'agit d'une usine à gaz tout droit sortie de l'atelier d'un obscur savant fou du son. Bah non mec, c 'est juste une tête Marshall ! Je change les lampes de temps en temps, pour le reste c'est increvable.
Lorsque j'étais juste un gosse qui aimait faire du bruit (j'ai pas trop
changé depuis) si une diseuse de bonne aventure m'avait narré les lignes qui
vont suivre, je ne l'aurais tout bonnement pas crue.
Trop énorme ! Je vous
le dit tout net :
le 9 septembre 2006, j'ai vu Dieu !
A la faveur du Salon de la Musique, j'ai rencontré cet ancien réparateur de radio qui un jour a créé un ampli pour Pete Townsend et qui devait changer la face du monde.
Affaibli par le temps, en fauteuil roulant, mais l'oil toujours vif d'un
gamin espiègle, la main énormément baladeuse (je l'ai vu personnellement
tâter négligemment le derrière rebondi d'une admiratrice) le stylo à la main
(l'autre) le geste encore précis et ferme, Monsieur Jim Marshall s'est rendu disponible pour des milliers de visiteurs. Lorsque mon tour est venu, c'était mieux que de prendre la photo avec le Père Noël. Si je n'avait pas craint pour la santé du bonhomme, je crois que je lui aurait proprement roulé une galoche ! Je l'ai humblement remercié, puis je suis reparti avec mon poster dédicacé sous le bras. Je ne sais pas si toutes les personnes présentes ont saisi la portée du truc. Moi j'avais carrément les larmes aux yeux.
Je ne remercierais jamais assez mon ami Steff et toute l'équipe de chez
Algam pour m'avoir fait vivre ce moment inoubliable.
The Father of Loud :



