Carnet de route du rock'n'roll
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06 févr. 2008
Ouais, je sais ce que vous allez dire : un REPORT au mois de février concernant des dates cet été, c'est limite foutage de gueule... Oui mais voilà, mes braves petits amis, sachez que cueillir des cerises avec les mains c'est déjà pas facile, alors pensez donc avec la queue ! Bref, tout vient à point pour qui sait attendre et soyez content que je n'épouse pas la cause des scénaristes de nanards américains, parce que là...
[Jeu 12 juillet 2007] ROUMEGOUX (12) Festival des Nuits Décalées
A peine le temps de laver nos chaussettes sales et hop, on reprend les mêmes et on recommence ! Cette fois-ci notre périple jusqu'au Cantal (l'autre pays du fromage et aussi celui de notre ami Yann) ne sera pas sponsorisé par Péage Magazine (publication totalement fantasque imaginée par nos soins, genre un peu Bilto mais qui ferait dans l'asphalte surtaxé, avec tous les tuyaux, les bons coups, j'imagine nos voix suaves à la Omar Sharif « le péage c'est notre dada » bref vous pouvez pas comprendre à moins de vous farcir tous les blogs d'avant).
Donc ce coup-ci, c'est rien que du old school, de la nationale à go-go, au mieux des portions de voie express, de la route campagnarde bucolique et le pire à notre arrivée, du chemin vicinal bien champêtre. Nos bons camarades de P-TROLL sont aussi de la partie (un grand merci à eux pour le plan). On arrive carrément en même temps. Eux de Toulon avec un GPS, nous de Nantes avec notre halène (plus trop) fraîche et un tisonnier rouge pour faire parler l'autochtone.
Pour info, ce festival à la particularité d'être au milieu de deux évènements européens: un gros rassemblement de jeux de rôles grandeur nature et un championnat de paint ball.
Nous on est censé faire la jointure.
On imagine déjà les types se trimballant dans leur armure, un glaive en plastique à la main, chassant le dragon en carton pâte.Sauf que voilà, l'été semble avoir du mal à s'installer cette année (sûrement la faute du gouvernement...) et l'Auvergne a été ces derniers jours la cible préférée de pluies torrentielles. Les festivaliers, une fois leur truc fini, z'en ont eu plein les bottes donc : Cassos ! Plus personne, nada. C'est pourtant un chouette soleil qui nous accueille, nous on comprend pas. Sauf à voir de la paille partout étalée (pour faire circuler les véhicules embourbés) et l'odeur... qui n'est pas sans rappeler ce je-ne-sais-quoi un brin musqué de terre humide ou voire franchement, de la vase qui chlingue en plein soleil !
Ce soir on joue sous chapiteau (c'est pour moi une première). Le système son & lumière est carrément classe (vidéo projecteur et tout et tout). La scène est point trop grande et un peu de guingois (difficile d'être toujours de niveau en plein champs... moi ça me perturbe toujours un peu). Ce coup-ci, c'est nous qui prêtons notre backline à nos potes. Quelqu'un fait croire à Madame Predator qu'on va dormir sous tente, dans la paille et la boue. Elle trouve pas ça très drôle. Moi j'dis trop rien parce que j'ai pas dealé le plan et qu'on a parfois fait pas mieux... Ouf, un hôtel est prévu à quelques bornes dans le village. Pendant notre soundcheck, les P-TROLL vont repérer les lieux et nous annoncent qu'ils ont dégotté une charcuterie du tonnerre, avec des sauciflards comme des gourdins que tu verrais sur ExtremDonjonMaitresseDominaSM.com, genre pine d'âne à côté c'est peau d'balle (et non pas : pinball à côté c'est peau d'âne). Bref, les bougres on prévu de dévaliser l'échoppe dès la première heure.
On passe à table, sympa. On spécule sur l'affluence de ce soir, déjà moins sympa. Y'a plus un festivalier (les uns partis, les autres pas encore arrivés) et le bled est vraiment à des kilomètres de toute vie, genre même David Vincent il aurait pas pu se paumer aussi loin. On attend un peu que le chapiteau se remplisse. Anne ma soeur Anne, ne vois-tu rien venir ? Un moment, faut bien démarrer. Y'a en gros toute l'équipe de l'orga du festos, nos potes des P-TROLL et une dizaine d'égarés venus du coin, c'est à nous d'ouvrir le bal. Pas cons, à LA CRAU (Toulon) on s'était fait cueillir à froid, du coup on a resserré les boulons, donc là c'est le set « Pan, dans la gueule ». Ça fonctionne plutôt pas mal. Dommage, qu'il n'y ai pas foule pour pouvoir le constater. L'ambiance est bon enfant, détendus du gland, comme à la maison. Du coup, on fait un set plutôt pas mal, malgré le froid qui commence à nous engourdir (y'a pas que dans le désert que les nuits sont fraîches, y'a aussi dans le Cantal, même si c'est pas l'Everest on est quand même, un peu, en altitude). Un moment je pète une corde, pendant que je prend mon arbalète de rechange, l'ami Seb des P-TROLL se précipite pour me réparer ma pelle. Vraiment la classe ! Une montagne de gentillesse.
Nos potes toulonnais prennent la relève. Y'a quelques donzelles locales qui sont venus se joindre à la fête, plus quelques autres gus. D'ailleurs sur "Louise" les gars feront monter les minettes sur scène. La bonne poilade, elles se donnent à fond. Je change en retour une corde de Seb, un peu perplexe, point trop habitué à la guitare baryton. Toujours super efficaces, nos potes déballent leur gros rouleau compresseur heavy, qui trouvera son point d'orgue avec Overkill, rejoints sur scène par Monsieur Alain "the beast".
Fin de chantier autour d'un godet et d'une crêpe chaude, pour tenter d'activer nos sangs glacés et nous rejoignons notre hôtel de charme, au look tellement sixties (d'ailleurs à y regarder de plus prêt, c'est pas un style, la déco est d'époque). Franchement, on est tellement transis et fatigués qu'on est bien content de retrouver nos lits douillets.
Réveil sous le soleil. On prend le chemin du chapiteau pour le petit dej'. Nos toulonnais arrivent les bras chargés de victuailles glanées dans la charcuterie magique. Faut voir les morceaux ! En bons fauchés, on se dit que ça doit coûter une fortune. Tout faux, les taros sont carrément corrects, ça donne envie d'y aller faire un tour avant de partir... Pendant qu'on dévore nos tartines, Tonio (hurleur des P-TROLL) nous fait un show à se pisser dessus. Ce type est proprement extraordinaire ! D'abord parce que c'est le seul gus capable de faire avec sa gorge un cri avec DEUX sons. Oui vous avez bien lu : on entend une note + une deuxième note en harmonique (comme si DEUX personnes chantaient en même temps). Ecrit sur le papier ça n'a peut-être l'air de rien, mais à écouter ça défie l'entendement. Bref, il a aussi une sorte de numéro de close up comedy, un truc hilarant d'une grande poésie, avec des blagues à tiroirs, des pièges à cons. Le reste des P-TROLL est faussement navré... eux, ils connaissent déjà tout le bazar et qu'ilS savent que Tonio peut tenir comme ça pendant des heures ! Effectivement, c'est pas qu'on est pas bien là au soleil, mais faudrait songer à bouger. D'abord en passant par la case charcuterie. Les gars nous accompagnent n'ayant pas encore achevé leurs emplettes de cochonnaille.
On se retrouve donc Au Rouget, devant notre hôtel dans l'échoppe de Monsieur MAS (peut-être un parent éloigné de Jeanne). Le bonhomme a l'oeil rieur, la soixantaine bien tapée, plutôt pas grand mais vif comme un écureuil, des Converse au pieds et une blonde (la cigarette pas celle à gros nichons) au bec. Voir des chevelus dans son tabernacle ça lui fait même pas peur. Une fois notre panier bien garni, il nous demande "Eh les jeunes vous voulez visiter mon séchoir à jambons" ? Bah ouais, pareil ! Notre petite troupe le suit, pensant tomber sur une petite cave avec 4/5 jambonneaux accrochés au plafond. On fait 50 mètres et on s'avance vers une sorte de gros bâtiment, un mélange de vieille architecture réhabilitée et de moderne en béton et alu high-tech. On entre dans le bazar, après quelques pas dans un dédale, notre Vivaldi des 4 salaisons nous ouvre une porte de 10 mètres de haut : voilà la première phase du processus, y'a là quelques jambons (dixit Mister MAS) on imagine la suite... Ma doué, dans la dernière pièce dédiée au séchage y'en a plusieurs rangées, installés sur des racks de dix mètres par cinquante... au bas mot, 10 000 jambons ! Putain, un vrai cauchemar pour un soldat d'Al Qaida : Guantamo, les prisons secrètes, les tortures sensorielles, c'est zobi à côté. Mister MAS finit la visite par un détour dans son jardin d'intérieur : une terrasse en teck avec salon, entouré d'oliviers (pour accompagner le Pastis) au décor paysager vraiment classe, le tout planté au beau milieu de son usine à cuisseaux de gorets. Chapeau ! On l'avait compris, l'homme sait vivre. D'ailleurs, il nous avoue avoir eu l'idée de son usine le jour officiel de sa retraite, quand il a percuté que rien foutre de sa journée à taper la causette avec Madame MAS c'était pas son kiff comme fin de vie... On le remercie chaleureusement pour cet aparté culturel. Puis c'est le retour vers l'échoppe, encore tout secoués d'avoir vu autant de lard dans un si petit bled. On apprend quand même au passage que le petit père à presque une dizaine de boutique dans toute la France (il inonde plus de 1000 bistrots sur Paname) et que si on veut faire des commandes par internet, y'a moyen !
Il est temps pour nous de décaniller, détour par la pompe (à gas-oil/à fric) chaleureuses embrassades avec nos potes, et hop, vers d'autres aventures...
Signé : Le Royce



