Carnet de route du rock'n'roll
RetourLE SAXO / Road to Rouen, Road to ruin...
[ Sam 31 mar 2007] Soyons honnête ! N'eût été ce petit séjour lors des dernières Fêtes de fin d'année pour y faire du tourisme (mais qui a dit sexuel?) je n'aurais sûrement jamais mis les pieds à Rouen. Trop au Nord, trop froid, trop humide. Et pourtant... Bravant les vapeurs éthérées des lendemains de la St Sylvestre, j'avais parcouru la ville, toujours à la recherche d'un nouveau tabernacle susceptible de recevoir notre jus de gros Rock qui tâche. Au SAXO, l'affaire avait été rondement menée. Moins de 15 minutes pour entrer et sortir, une nouvelle encoche à notre calendrier et l'assurance d'une juste rétribution en poche . Le rendez-vous était donc pris.
Je n'ai rien de particulier à dire sur la ville qui a recueilli les derniers soupirs de feu "Jeanne d'Arc aka La Pucelle", si ce n'est que les habitants d'ici ont leur façon bien à eux d'intérioriser leur joie de vivre et que la circulation y est limpide comme un jeu d'enfant. Or cela, un week-end musical pépère, si ce n'est 2/3 anecdotes que je me propose de vous narrer ici...
Une fois n'est pas coutume, nous avons embarqué pour ce voyage de la recrue féminine censée nous guider dans notre périple (sic).
Le (long) voyage s'est déroulé sans problème, tel un vestiaire d'équipe de foot de CFA dérivant sur quatre roues.
Nous arrivons devant le SAXO sans peine et dans les temps, accueillis par des hauts-parleurs qui braillent du Gilbert Montagné (t'as vu sa femme ? Nan, bah lui non plus). Une sorte de braderie fantomatique bat son plein. Pas un chat dehors. La voix d'un speaker (qui restera caché à notre vue) annonce à qui veut l'entendre (soit la totalité du centre ville de Rouen) qu'il est formellement interdit de stationner place St Marc et en particulier devant le SAXO. Autant dire "les gros cons dans votre camion de gitans immatriculé 44, vous dégagez" ! Comme Robert Smith, nous n'en avons cure. Sans même s'accorder la moindre la pause syndicale de rigueur, nous installons notre matos et commençons le soundcheck. Un bien beau pub en vérité, tout de boiseries et de lumières tamisées. Patrice, le patron, nous indique de façon sibylline et entre les lignes, qu'on est pas forcément obligé d'envoyer le boulet. On acquiesce, ayant déjà un peu anticipé. Malheureusement nous sommes déjà à notre maximum question minima sonore. Notre barnum de bois et d'acier est en place et on peut gentiment se rafraîchir devant une binouze.
Arrive notre amie Marion, photographe de presse de classe internationale qui, après un shooting des Fall Out Boys à L.A., a décidé de couvrir en freelance l'intégralité de notre Battle of Normandy...
Vers 20h30, on émigre vers le Kebab d'à côté pour y remplir nos estomacs vides. L'ami Steff et moi prenons une assiette généreusement garnie d'oignons et de frites (armes bactériologiques de classe A). Comme il est dit dans le flim de Matthieu Kassovitz "jusqu'ici tout va bien".
On se retourne dans le bar, c'est l'anniversaire d'un pote du taulier. De gentils baladins ont improvisé une session irlandaise. On se croirait à Dublin ! On les laisse remballer leurs flûtiaux avant de mouliner au braquet supérieur. On démarre notre premier round vers 23h pour un set exclusivement composé de reprises. C'est grosso modo la même track list qu'à la Gargouille (voir blog) en y ajoutant "From out of nowhere" de nos maîtres à penser Faith No More. Le pub est composé de différentes salles (ou niches, ou recoins). Y'a du monde, mais l'audience n'est pas vraiment captivée par nos ébats. Vers la moitié du set, y'a là un jeune type qui se tient debout dans l'embrasure de notre alcôve. Tiens, sûrement un connaisseur qui veut en prendre plein les mirettes. Fin du titre, le type s'avance vers moi, j'attends ses félicitations (peut-être même qu'il est prêt à nous acheter un skeud, voire et pourquoi pas, c'est un producteur embusqué à la recherche de jeunes talents). Voilà comment il commence sa litanie : "C'est super les mecs ce que vous faites. Vraiment, vous vous donnez à fond, ça c'est sûr. Mais voilà, j'suis installé vers l'entrée du bar et on entend comme si on se trouvait devant vous. Y'a pas moyen de baisser la zique ? On s'entend plus parler". Hum. J'inspire profondément et explique gentiment au jeune homme qu'on fait pas du jazz mais du rock et que c'est comme ça jusqu'à nouvel ordre... Mes points de suspension flottent dans les airs comme autant de "et si ça te casse les burnes, vas te faire cuire un œuf ailleurs et en silence". Je dois sûrement avoir ma tête des bons jours (genre l'Inspecteur Harry qui vient de se prendre une prune pour stationnement gênant) puisque l'insolent repart d'où il est venu, assuré que son intervention restera vaine. On enchaîne. Fin de la première manche.
Je passe au ravitaillement devant la pompe à cervoise, croise un gentil serveur qui me dit qu'une gamine voudrait chanter et est-ce qu'il y aurait moyen ? Mouais. Bof, pourquoi pas. Je file avec mes godets, tablant que la donzelle va sûrement se dégonfler et que l'affaire est pliée d'avance. A peine attablé dans notre carré VIP que le daron se pointe avec sa musaraigne sur les talons. "Ouais les mecs, vachement sympa de lui laisser sa chance". Et patati, et patata. Du haut de ses onze ans, notre graine de star est excitée comme un troupeau de courtiers juste avant la cotation du CAC40. Je lui indique le microphone, règle le pied et laisse la magie de l'instant faire le reste. Elle entame son couinement dans ce qui semble être la langue de Goethe. Je suis peut-être le seul ici à comprendre de quoi il s'agit. Il se trouve que par le plus grand des hasards mon rejeton, qui s'est mis à la six-cordes, m'a demandé de lui refiler les plans pour jouer "Durch Den Monsun" des juvéniles Tokio Hotel ! Ni une, ni deux, je saute sur ma pelle pour accompagner la jeunette. Salves d'applaudissements. J'ai fait ma B.A. de la semaine. Mon karma peut s'élever en toute quiétude. En guise de récompense, on récolte une tournée de binouzes.
EL ROYCE, le groupe qui égaillera vos soirées : baptêmes, bar-mitzvas, enterrements, noces et banquets !
On poursuit avec un second set totalement made in nous. Ce petit épisode nous a totalement désinhibé (tu m'étonnes). Y'a déjà plus de monde à nous écouter et à apprécier. On se lâche.
Juste pour vous situer, notre "main stage" a une vue imprenable sur les gogues, ce qui génère pas mal de passage. Un type assez lourdement handicapé qui est venu nous encourager, décide de faire un tour aux tinettes. Dans ce qui lui semble être un parcours du combattant, il a décidé de se faire accompagner par son gentil toutou (peut-être au cas où il se perdrait). Si ce n'était sa couleur noire et fauve et sa muselière réglementaire, le bestiau en question ressemble à s'y méprendre à un veau élevé aux hormones. Le rottweiler croisé poney est bien décidé à fourrer sa truffe dans mon verre de jus de houblon posé à mes pieds. Pendant un instant je dois jouer en composant avec la présence de cet intrus canin. C'est vraiment la totale ! Je réprime un fou-rire, ce qui je vous l'accorde, en chantant est un exercice plutôt mal aisé. Fin de l'anecdote. On fini notre second set sur les chapeaux de roues. Il est 0h45.
Le maître des lieux, Fabrice vient taper la discute. Nous apprend qu'il programme assez rarement des groupes aussi rock (on s'en doutait un peu). Qu'il fonctionne beaucoup au coup de cœur et qu'on est welcome chez lui pour un prochain passage à l'automne. Il nous narre les vertes et les pas mûres qu'essaient de lui refourguer certains groupes. Vraiment, la musique c'est pas un métier facile !
On a jusqu'à 1h30 pour conclure. Ce que l'on fait avec un troisième set piloté à vue, moitié reprises, moitié incontournables de notre cru. On commence même avec un tout nouveau morceau fini de l'avant veille qui passe plutôt pas mal. On stoppe les machines à l'heure dite. Petite pause menthe à l'eau avant de plier bagages. Chargement du camion. J'encaisse la monnaie. Remerciements mutuels. Et direction "Le Kiosque". Dans son immense gentillesse, Fabrice nous a refilé des entrées gratos pour cette boîte.
Normalement, avec une native du coin dans notre convoi, tous les dieux de l'azimut et de la triangulation devraient être avec nous. Que dalle ! Et vas-y que je te tourne et retourne. Il est plus de 3 heures du mat', et que je te passe à la questionnette les quelques badauds pour trouver le fameux boulevard de Verdun (soit dit en passant, si tu cherches de la prostipute, le boulevard de Verdun is the place to be). Au final, on tombe quand même sur le Kiosque. Moi, je gare le camion devant l'entrée de la boîte et demande aux gentils portiers (le petit teigneux ou l'armoire à glace) de jeter un œil vigilant sur nos biens. Hop là, nous entrons pour gincherie de tous les diables. La population ici est composée d'une partie de la jeunesse dorée rouennaise, et selon Marion de quelques Emo Kids (frange longue et cravatte sur t-shirt) et enfin de bien belles radasses d'élevage, dont certaines selon Steff sentent le cul. Nous c'est plutôt la fritaille que l'on sent (voir chapitre kebab). Avec nos gueules de rien, on se sent un peu en décalage horaire. Fort heureusement, comme il est tard on a échappé à tous les tubes house, R'nB et consort. Aussi, nous sommes accueillis par un set plutôt rock qui fait bouger nos corps. A 5 heures, l'aimable clientèle est invitée à prendre congé et on fait la queue au vestiaire pour récupérer nos effets personnels. Marion a laissé à la consigne son sac de matos photo. On sort et on décide de se mettre en chasse pour un hôtel. Marion tarde à se mettre en route et nous annonce que la raison de son retard tient du fait de quelques malandrins qui on lui explosé sa vite latérale arrière pour lui piquer un sac plastique contenant sa brosse à dent et un t-shirt propre. Fuck !
C'est le moral un peu dans les chaussettes que l'on prend la route d'un hypothétique gîte. Et là, bonjour les tours et détours pour arriver près du parc Expo où sont réunis tous les hôtels du coin. Sauf que là, manque de bol, c'est la Foire de Rouen. Le temps s'égrène. On se tape TOUS les hôtels alentours. Rien. Tous complets. On rapatrie vers le centre de Rouen, où on a repéré un Kyriad. Et par chance y'a des piaules vacantes. On arrive à la réception avec nos sacs de manouches. C'est 55 euros par chambre. Goran, le veilleur de nuit serbe (cerbère ?) nous annonce en roulant les « r » que c'est 2 personnes maxi par carré. On est 5, ça fait 3 chambres. Gasp ! On va pas niquer le béneff ! On essaie de négocier mais le bougre ne fléchit pas. On imagine que son patron lui a confisqué son passeport. Que là-bas au pays, quelques liquidateurs mafieux on un AK-47 posé sur la tempe des membres de sa famille et que si le pauvre nous laisse dormir quelques heures (il est plus de 6 heures du mat') à plus de deux par chambre, ça va être un vrai bain de sang. On le remercie chaleureusement pour sa compréhension et son hospitalité (Steff notamment) et nous voilà dehors à résoudre l'équation "sommeil + 5 personnes + une twingo fracturée + un camion de gitans". Voilà comment, en quelques heures un individu normal se retrouve demi SDF, à pioncer dans sa bagnole sur un parking d'hôtel sous la pile d'un pont du périphérique de Rouen, endroit qui a visiblement servi de latrines à l'air libre à plusieur générations de pisseurs. Bukowski l'a écrit, EL ROYCE l'a fait ! De la vraie vie de Rock'n'Roll pur jus.
Je vous passe sur nos gueules le lendemain au réveil. Notre recherche vaine d'une boulangerie et d'un café sur plusieurs dizaines de kilomètres (Rouen, ville de merde)... pour finalement atterrir au McDo devant un menu Best Of. Il est presque 13h. On doit avoir des gueules à faire peur ou bien une odeur de fénec, pas une seule famille ne s'est installée à moins de 5 mètres de nous. Y'a des places vacantes à côté, les gens s'installent un temps et pfiout, ils se barrent dare-dare.
Une fois repus, on ère encore sur plusieurs dizaines de bornes (rive droite, rive gauche, uptown, downtown) tournant et virant, à la recherche d'un hôtel. Mais cette fois-ci, il s'agit de l'Hôtel de Police pour que Marion dépose une plainte pour sa vitre pétée. Il y en a pour plusieurs heures, on doit l'abandonner à son triste sort pour rentrer dans nos pénates. On a appris qu'elle a servi d'interprète pour des chinois qui ne parlaient qu'anglais. La bonne blague !
Nous, on s'est rentré, alternant phase de conduite et phase de coma profond. J'ai bien géré les péages, on a réussi à avoir le tarif mini 2 fois sur 3. Retour à Nantes en début de soirée. Déchargement du matos. Comme les sportifs de haut niveau, on passe par la case décrassage (au savon et à la brosse métallique). Ça tombe bien je commençais à faire un élevage d'amanites tue-mouches entre les doigts de pieds... Partir c'est pourrir un peu !



