Carnet de route du rock'n'roll

Retour

 


[Mer 11 mars 2009] NANTES (44) Le Floride

Des fois y’a des jours comme ça. Vous savez c’est comme pour Doc Emmet Brown et Marty avec cette convergence du flux spatio-temporel vers le fameux 5 novembre 1955. Tout commence par la sonnerie d’un réveil. Je me lève et je me bouscule… Dix heures. J’ai rendez-vous pour du boulot. Oui vous savez, le truc qui accessoirement vous permet de payer les factures. Une heure trente et quatre arrêts de Tram plus tard, je suis de retour au logis. Au final ça s’est pas trop mal passé cette interview (par contre personne ne m’a demandé quelles étaient mes influences, ni pourquoi le nom « EL ROYCE » ça change). Quinze heures. La nouvelle tombe sur les téléscripteurs. J’ai bien peur d’avoir coiffé Obama et notre petit agité number one au poteau. Grâce à la seule force de mon CV, je viens de mettre à genoux la CRISE tout en désarmant son bras vengeur qu’on nomme CHOMAGE (en MAJUSCULE et avec la mine de circonstance, comme dans les reportages sur TF1 quand on veut faire péter l’audience). Dans les rues c’est la liesse. Des femmes me présentent leurs bébés pour que je les embrasse. Des petits épargnants veulent que je leur dédicace leur Livret A. Aux balcons la foule m’acclame. Je suis le messie. J’apporte au Monde Libre le Retour de la Croissance. Hourra ! Du coup, je crée une nouvelle religion. Après le judaïsme de Judas Priest, le christianisme de Christian Death, l’islamisme de ZZ Top (avec Cheikh Yacine à la basse et Mollah Omar à la guitare) voici le Richardisme. Oui, je vous le dis en vérité. Et pour marquer le coup, j’invite tous mes nouveaux disciples à venir se trémousser dans ce temple de la culture underground qu’est LE FLORIDE. Ce club est la bonne ville de Nantes, ce que fût jadis le Gibus à Paname (avant qu’une troupe de fils et filles Papa n’essaient d’y réinventer la roue et le Rock, sous le haut patronage de Tonton Philou, Orchestral Manœuvre in the Dark). Malgré mes années d’expérience, c’est la première fois ce soir que je vais m’y produire (si on exclue le fait que j’y ai déjà joué quand ça s’appelait le St Domingue, autres temps, autre époque).

Il est seize heures. J’ai eu à peine le temps de cogiter comment employer au mieux mes derniers jours (dernières heures) de liberté, qu’il me faut m’agiter vers la salle pour y déposer un ampli basse que nous prêtons à nos co-listiers de ce soir, BLACK RAIN et CAIN’S DYNASTY. En arrivant, j’ai l’impression d’être propulsé dans l’arrière salle d’un club du Strip, comme à la grande époque. Quand Hollywood tenait le haut du pavé de la musique mondiale. Quand Motley Crüe, Faster Pussycat et LA Guns étaient les Rois du pétrole. Quand la bande à Axl Rose avait encore de l’appétit pour la destruction (au lieu de s’occuper de politique en Chine). Quand porter des santiags SUR son futal en stretch était le top de la tendance (avec en prime le bandana noué autour de ses bottes de cow-boy). Quand avoir sa crinière crêpée debout sur la tête (de préférence en couleur blond platine) faisait craquer les filles. Bref, quand j’étais jeune, con et insouciant. Je ne le sais pas encore, mais cette soirée va encore m’apporter d’autres voyages temporels… Rapide prise de contact. Tout semble aller pour le mieux. Je repars vers chez moi, qui est à deux pas, ayant mieux à faire que de me taper toutes les balances des autres groupes.

Retour vers dix-huit heures trente. J’ai l’impression que rien n’a bougé depuis mon départ. Ô temps, suspends ton vol. BLACK RAIN est toujours sur scène à régler son son (il n’y a pas d’écho dans cette phrase). Steff arrive sur place, accompagné de Madame Predator. Pour une fois ce soir, c’est vraiment son anniversaire. Je vous rappelle qu’elle utilise généralement ce prétexte (à peu près du premier janvier au trente et un décembre) pour se faire offrir des vodkas caramel par quelques gentils naïfs. Mais là c’est du vrai, du lourd, du changement de dizaine, bref la totale. Les Espagnols de CAIN’S DYNASTY passent sur scène pour effectuer leur soundcheck et nous gratifient d’entrée de jeu d’une cover de Iron Maiden (Aces High) de très bonne facture. Ça me renvoie aux temps vénérables de mes années collèges, où le Metal (on appelait ça encore Heavy Metal) était un univers peuplé de monstres, de preux chevaliers en armures et de musiciens chevelus avec des pantalons moulants rayés façon Astérix et Obélix. L’ami Yann arrive. Ça tombe bien c’est à nous de balancer. Bon, soyons clair, LE FLORIDE c’est une sorte de gros café concert pavé de carrelage. La seule chose universelle dans ce bas monde, c’est que tous les groupes qui y jouent ont un son de merde. Il y a dans la fosse une sorte de phénomène de rotation qui amplifie très largement toutes les fréquences aiguës les plus agressives. C’est comme ça. Nous ne ferons pas exception à la règle. Sur scène (et sûrement dans la salle aussi) c’est concerto pour caisse claire et cymbales. Comme à notre habitude on plie l’affaire en quinze minutes. De toute façon, c’est l’heure d’aller bouffer. L’aimable sonorisateur (Christophe) nous indique qu’on va dans le resto du propriétaire des murs du club. On se souvient de l’époque pittoresque et sulfureuse du St Domingue. On évoque le festival des Allumés qui était bien wild. Bref, on est branchés à fond sur canal nostalgia. Nous sommes accueilli par un punch (à boire, pas dans la gueule) de bienvenu et en annonçant que c’est son anniversaire, Madame Predator récupère une coupe de champagne en prime. Non mais j’vous jure. On évoque nos connaissances communes, dont le fameux Ripoll (qui est le cousin de Madame Predator) mais qui ne connaît pas cet ambianceur des nuits torrides nantaises ? A peine le temps d’engloutir notre poulet frittes qu’il faut déjà regagner la salle. Lorsqu’on arrive, on voit que notre finlandais volant Jari (prononcez « Yari ») est déjà là. Mais, ô surprise de taille, qui est aussi là ? C’est l’ami Jean-Luc. Soit rien de moins que le batteur de Chears, groupe que nous avions avec Steff dans nos jeunes années. J’ai pas revu l’homme du bocage depuis au moins cinq ans. Quant à Steff, ça fait approximativement seize ans qu’ils ne se sont pas vus. Donc, vous imaginez le choc…
Quand je vous dis qu’il y a des jours comme ça. Ça fait du bien de revoir le bonhomme. On resterait bien là à taper la discute pendant des heures, mais il paraît que ce soir on a un concert. L’autre surprise, c’est que sur scène y’a pas d’eau et je ne vous parle même pas de binouzes. Au final, c’est Yann qui doit faire chauffer sa carte bleue pour nous approvisionner d’un godet de houblon. Gibus touch, tout pareil. On démarre le set. Y’a du monde, sauf que le premier rang est situé à peu près à sept mètres de nous. Soit c’est le son, soit l’un de nous a oublié le déo ce matin. Malgré les encouragements de Steff, on arrivera pas à faire s’approcher le public à moins de trois mètres de nous. On enchaîne pas mal les titres. Les réactions sont polies, mais pas vraiment le délire. Tout juste si notre medley magique à la fin du set réussira à briser un peu la glace. Bon de toute façon, je ne crois pas qu’avec les deux groupes de ce soir nous avions vraiment notre place dans ce genre de soirée. On remballe notre camelote et pouvons gentiment continuer à passer la soirée entre amis.

Je croise mister El Renardo, qui est venu entre autre m’apporter un sacré trophée. Je l’avais brièvement évoqué précédemment, il se trouve qu’en septembre dernier un petit malin responsable de l’infographie chez Télé Poche s’est permis de (copier et) coller deux fois mon image dans un sujet traitant du nouveau plateau de la Starac. Oui, vous avez bien lu. Au-delà de la bonne blague, c’est assez désagréable et limite insultant. J’ai un moment caressé l’idée de me pourvoir en justice. Finalement, je me suis dit que ça serait faire de la pub pour ces tocards! Y’a pas mal de monde ce soir, les gars de la Scène Nantaise, Christophe de l’émission Spirit Of Noise (merci pour les photos) et j’en passe. C’est la bonne ambiance. Les Espagnols montent sur scène. Leur Metal Old School ravit les aficionados présents ce soir. C’est pas mal exécuté (batteur mis à part, soyons honnête). J’avoue qu’en dehors de leurs reprises de Maiden et de Wasp leur show me passe très largement au-dessus de la tête (j’ai raccroché ma cartouchière et mon bracelet à clous depuis plus de vingt ans). J’ai rien contre un concert de NWOBHM (new wave of british heavy metal) mais autant prendre les vrais. Reste que les gars sont vraiment très sympathiques…

Vient alors le clou du spectacle, ze headline of ze soirée. J’avoue avoir bien salivé en découvrant le site de BLACK RAIN il y a quelques mois. En vieux renards qui ont grandi avec le Hard Rock Glam US, Steff, Jean-Luc et moi sommes aux aguets, sur les dents. Nous ne sommes visiblement pas les seuls. On sent comme une certaine palpitation vibrer dans le club (c’est dingue le nombre de lolitas glam/goth que peuvent attirer ce genre de groupes). Les Savoyards envoie leur Sleaze Rock. On sent que les gars maîtrisent leur sujet. C’est sûr, ils ont du visionner des heures et des heures de clips vidéos qui tournaient en heavy rotation sur MTV durant la dernière moitié des années quatre-vingt (en fait jusqu’à ce qu’un certain Kurt Cobain ne déboule avec le Grunge). Seul petit hic, depuis que le chanteur de Tokyo Hotel a remis au goût du jour la coiffure qui fait comme un gros hérisson sur la tête, il est difficile de se défaire de cette image mentale. Au-delà de l’attitude, des poses, des effets de manche et des clichés gros comme des câbles inhérents à ce genre musical, que reste-t-il ? La forme certes, mais le fond ? Déjà à l’époque, on aurait échangé n’importe quel Poison contre un Skid Row ou un Love/Hate. La ficelle est-elle trop grosse ? Sommes-nous de vieux singes à qui on ne fait plus la grimace ? Ou simplement le son n’était-il ce soir ni au service des groupes, ni au service des spectateurs ? Bref, moi j’suis OK sur disque, mais là désolé ça me l’a pas fait. Il est l’heure de ramasser le matos. Au passage, un petit remerciement pour avoir fourni l’ampli basse pour la soirée, ça coûtait pas grand chose… On remballe nos effets et décidons de finir pour un dernier verre au Ferrailleur juste à côté. Deux heures et des bananes, il est temps de refermer cette parenthèse où hier, demain et aujourd’hui semblaient ne faire plus qu’un. J’en profite ici pour remercier une fois de plus Lorie et Camille d’avoir aimablement tenu le stand de merch. Je branche le convecteur temporel et file à la vitesse de quatre-vingt huit miles à l’heure vers mes pénates.

Jeudi matin. Je me lève et je me bouscule… Un brouillard épais semble s’être abattu sur la ville. Après vérification auprès de Météo France, le phénomène est local et uniquement limité à mes globes oculaires. Le Doc avait raison. Les voyages temporels ça peut faire mal, surtout au crâne. Onze heures. Mon téléphone sonne, ce n’est pas Claude François qui brait dans l’écouteur mais encore une autre entreprise qui ne peut se passer de mes services. Désolé, ma bonne dame, mais l’alignement des planètes, le grand bidule céleste, la porte temporelle grande ouverte, bref le jour J, c’était hier.                      

 
Moyenne : 5/5 Nombre de votes : 17 (dernier le 20/03/2010 à 01:32)
Commentaires des internautes Aucun commentaire

Ajouter un commentaire

captcha Générer une autre image

Agenda concerts

Mai, 2012
< << Aujourd'hui >> >
L M M J V S D
  1 2 3 4 5 6
7 8 9 10 11 12 13
14 15 16 17 18 19 20
21 22 23 24 25 26 27
28 29 30 31      

EL Royce sur Twitter : Follow us !

Tweets d'El Royce sur Twitter

Suivez l'actu d'El Royce sur Twitter !

Instrument de musique en vente :

Basse G&L Tribute à vendre !


© El Royce 2010 - Webdesign : Novatrax - Intégration web xhtml & css : Da-Code | Mentions légales | Plan du site | Liens | Gestion de sites

propulsé par e-majine