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Derval

Ceux qui me connaissent le savent : je suis un homme de principes (parfois discutables certes, mais c'est comme ça). J'ai toujours un peu de mal à rejouer deux fois au même endroit avec le même groupe. La musique, c'est fait pour voir du pays. Le principe vaut d'autant plus lorsque la première fois m'a laissé des souvenirs dispensables. Il y a trois ans déjà, alors qu'EL ROYCE n'etait pas encore tout a fait EL ROYCE, nous avions posé nos amplis crasseux à DERVAL (entre Nantes et Rennes) pour la Fête de la Musique. Pour dire la vérité, dans notre frénésie de concerts, nous avions surbooké ce 16 juin en espérant tomber sur le meilleur plan possible (Derval constituant ici une sorte de roue de secours). Rien de mieux ne s'étant présenté, faute de grives on a mangé des merles (y'a pas de contrepetrie). Il y a trois ans, notre passage avait ressemblé à une succession de sketches tout droit sortis du scénario de Spinal Tap. Des lors, l'occasion nous était donnée trois ans après, de vérifier les progressions des organisateurs en matière de concerts de rock.

Dès le départ, l'affaire commence assez mal. Au bout de presque 30mn de route, je m'aperçois que j'ai oublié mes effets personnels chez l'ami Yann. Rien de très grave à priori. Sauf qu'au bout d'un moment, je résous l'équation "camion manouche style plein de matos pas de papiers gendarmerie zélée = grosses embrouilles". Ne souhaitant pas particulièrement croupir en cellule, on décide de faire demi-tour. Le temps de trouver une sortie 20 bornes plus loin et retour vers notre point de depart. Inutile de vous dire qu'il y a eu comme un gros craquage dans le timing initialement prévu. Nous arrivons sur le site avec presque 1h30 de retard. On s'adresse aux gardiens de barrières, et là on se dit que ca va être vraiment super : personne ne sait qui nous sommes, ni où nous jouons. En l'absence de feuille de route, au bout d'un moment et grâce à un baton de sourcier, nous tombons finalement sur notre spot (Derval c'est pas New York non plus). C'est donc une sorte de guêrite bachée, genre un peu buvette de club de foot. Nous allons jouer à même le sol. Pendant qu'on s'installe, la petite dame responsable de notre scène (notre niche ?) aborde mes collègues se plaignant de notre retard. Elle veut parler à son contact. Le contact, c'est moi. Et je dois tirer une sacrée gueule, parce que notre gentille organisatrice n'essaie même pas d'en remettre une couche avec moi. Finalement, tout ça n'est pas si grave, on nous dit qu'on a quand même le temps de s'installer sans trop speeder.

Au premier coup d'oeil, je vois bien que le préposé à la sonorisation est plus un habitué des disco mobiles que des musiques qui font bouger la tête. Le gaillard a souci de bien faire et c'est tout à son honneur. Mais voila, chaque chose a ses limites. Nous n'avons aucune idée du son qui peut sortir et faut dire, la console se trouvant derrière nous (ce qui est assez original) ca ne lui facilite pas trop la tâche. Yann a tout juste le temps de nous chopper une binouze avec notre UNIQUE ticket boisson (quelle vie de débauche... et dire que ma bientôt future ex s'est toujours imaginé que je menais une vie de patachon avec mes potes de rock'n'roll, y'a comme du Caliméro dans l'air : la vie est injuste). Bref, à peine nos lèvres trempées dans le liquide houblonné qu'il faut déjà attaquer le set.

On se bouge les fesses mais le coeur n'y est pas. Le public clairsemé est composé de badauds, de familles avec poussette, de lolitas des campagnes et de leurs prétendants sapés comme M Pokora. Il est encore tôt. Les gens se baladent d'un endroit à l'autre. On joue assez mal (au moins les quatre premiers morceaux). Une bouche d'égoût refoule du bec à deux mètres de nous. Juste derrière, sur une vraie scène avec du vrai son et des vraies lights, on entend un groupe qui balance du Ramones. Plus loin, sur ce qu'on peut considérer comme la "scène principale" y'a des djeuns (sûrement des gars du coin, peut-etre même le fleuron de l'école de musique municipale ?) qui massacre les premiers accords de leur probable premier concert. On se dit qu'il y a gourage. Un type se plaint qu'on entend trop la batterie. Je lui fais savoir qu'elle n'est pas sonorisée. Il en reste bouche bée. On nous presse d'abréger, ca tombe bien nous aussi on aimerait en finir. Démontage et chargement du matos en 30 secondes (comme à notre habitude). Salutations aux brillants techniciens, qui nous regardent comme si on était des OVNI. On s'enfile la galette/saucisse/frites réglementaire grâce à notre ticket bouffe avant de mettre les voiles.

On débarque à Ligné, commune de résidence de l'ami Steff. C'est aussi la fête de la musique ici, mais avec de VRAIES conditions techniques. Le plus drôle, c'est qu'on a refusé d'y jouer parce qu'on s'était déjà engagé aupres de Derval... Comme quoi, les grands principes, la droiture et tout et tout, faut savoir en prendre et en laisser !

 
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